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Anita Rowan et sa plume magique

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0 Comments sept 2, 2015 Non classé

Anita Rowan a été chroniqueuse, relationniste, conceptrice-rédactrice publicitaire et rédactrice en chef du magazine Speed avant de se consacrer à la scénarisation. Elle est coauteure du téléroman O’ pour lequel elle a obtenu deux nominations aux Gémeaux et remporté le prix du Meilleur texte téléroman en 2012. Elle signe chaque semaine le blogue de l’émission. On retrouve son nom aux génériques de plusieurs séries à succès dont Les Parent, Au secours de Béatrice et Boomerang. Elle a récemment collaboré à l’écriture du film Henri Henri. Engagée dans sa communauté, elle siège actuellement sur le conseil d’administration de la SARTEC.

Quel est votre rôle dans l’entreprise?

Officiellement, je suis présidente. Mais en réalité, je fais/suis tout !

Je suis scénariste pour la télévision, mais aussi pour le web et au cinéma. Je crée mes propres projets, mais je fais également partie d’équipes d’auteurs sur des séries télé qui ont été développées par d’autres scénaristes. Il arrive régulièrement que je prête mainforte à des collègues en participant à des brainstorms ou encore, à titre de conseillère à la scénarisation.

Décrivez l’industrie dans laquelle vous êtes.

La télévision produite au Québec est très regardée. On a beaucoup d’émissions « millionnaires », c’est-à-dire qu’elles sont vues par un million de personnes ou plus dans une province de 8 millions d’habitants. Quand on y pense, c’est énorme !! Mais comme on est un petit marché, on a les ressources financières en conséquence.

Aujourd’hui, on a facilement accès à ce qui se fait un peu partout dans le monde. C’est génial parce que les Américains ou les Britanniques produisent de la télé vraiment innovatrice, divertissante, avec des performances d’acteurs extraordinaires. Conséquence : la barre est rendue haute ! Les téléspectateurs québécois s’attendent à un divertissement qui peut rivaliser avec ce que l’on produit ailleurs… mais nous n’avons qu’une fraction des budgets pour créer nos émissions. On réussit à produire de la télé de grande qualité mais c’est très exigeant pour les créateurs. Il faut être versatile, disciplinée, efficace… et très inventif, évidemment. Je pense qu’une des raisons pour lesquelles je vis bien de mon métier, c’est que j’ai été très persévérante. Je le dis souvent, un peu à la blague : c’est pas les meilleurs qui réussissent, c’est les plus tough. Mais d’un autre côté, en persévérant, on devient meilleur.

Comment vous décrit-on comme entrepreneure ?

Je pense que je suis d’abord et avant tout une personne avec qui il est agréable de travailler, j’ai de l’humour et de la répartie. On m’a déjà dit que j’offrais un bon show dans la vie de tous les jours – c’est un beau compliment ! Je suis hyper organisée (je sais, c’est pas nécessairement une qualité qu’on associe aux artistes), je n’ai pas peur de retourner à la planche à dessin aussi souvent que nécessaire et je respecte mes délais. Il y a une partie de moi qui demeure très insécure mais j’y travaille…

Qu’est-ce qui vous donné envie de partir en affaires ?

Avant de devenir scénariste, j’ai travaillé plusieurs années en publicité et la vie d’agence, c’était pas pour moi. J’avais l’impression que toutes mes heures éveillées y étaient englouties et bien franchement, je n’en retirais pas une grande satisfaction. J’ai eu des patrons névrosés, des client débiles, des collègues weird, tout ça pour des salaires dérisoires compte tenu du nombre d’heures que je bossais.

Tant qu’à investir tout ce temps et cette énergie, je voulais que ce soit pour des projets auxquels je crois et qui me rendent fière.

Quelles sont vos modèles féminins ?

J’en pige 3 au hasard dans mon classeur mais j’aurais pu en nommer beaucoup d’autres…

Sharon Osbourne : C’est une femme d’affaires redoutable qui a les apparences d’une « petite madame » vraiment sweet et qui s’est imposée dans un milieu qui baigne dans la testostérone (elle a été gérante d’artistes rock dont Black Sabbath). Un symbole de résilience, elle a de l’instinct et le sens de la famille.

Lena Dunham : Avec sa série Girls (dont elle est la créatrice et l’actrice principale), elle a vraiment retroussé beaucoup de plumes. Elle a décidé d’exposer une certaine réalité sans vernis : que ce soit l’égocentrisme généralisé dans lequel on baigne… ou encore son corps qui ne correspond pas vraiment aux standards de beauté occidentaux. Ça confronte et ça fait du bien.

Elizabeth Gilbert : Oui, oui, la fille qui a écrit Eat, Pray, Love. Je vais être honnête avec vous : j’ai lu aucun de ses livres. Mais je lis régulièrement ses chroniques, j’écoute ses conférences, ses entrevues. Elle aborde souvent le thème de la créativité et va publier un livre sur le sujet bientôt (celui-là, je vais probablement le lire). Je la trouve inspirante, c’est tout.

Qu’est-ce qui vous le rend le plus fière de ce que vous avez accompli à ce jour ?

Ma conciliation travail-famille. Ma carrière en télé a vraiment décollé peu de temps après que j’aie accouché de ma fille et en tant que parents, nous avons été confrontés à de gros défis auxquels nous ne pensions jamais devoir faire face. Quand je regarde Béatrice aujourd’hui, je sais que j’ai fait une bonne job. Tout ça en écrivant plus d’une quarantaine d’heures de télé produites. J’ai aussi un Gémeaux dans mon bureau.

À votre avis, quelles sont les qualités que les femmes entrepreneures doivent détenir pour réussir en affaires ?

Je dirais un mélange d’ambition et d’humilité. Si on veut avancer, il faut avoir de la drive, une motivation, un objectif. Il ne faut pas avoir peur de porter ses idées, quitte à ce qu’on se sente parfois seule à ramer. Mais il y a des moments où il faut savoir prendre un peu de recul, écouter ce que les autres ont à nous dire… et choisir ses batailles !

Dites-nous quelque chose de spécial à propos de vous ?

Je crochète des couvertures en laine pour bébé, question de m’occuper les mains quand je regarde la télé. J’en donne une trentaine par année à l’hôpital Ste-Justine.

Au niveau professionnel, où vous voyez-vous dans 5, 10 ans ?

J’aurai ma propre série en ondes ! Avec un peu de chance, je n’aurai pas attendre aussi longtemps pour y parvenir.

Des conseils pour les entrepreneures qui se lancent?

C’est un marathon, pas un sprint.

Déléguez ce qui peut l’être.

Achetez un congélateur (j’en possède 3).

La vie peut être longue : attention à votre karma.

Bonus : Donner ne nous enlève rien.

Que veut dire le mot succès pour vous ?

Quand ta bonne réputation voyage plus vite que toi.

Quelles sont vos suggestions de lecture pour la clientèle de Féminin Plurielles :

Madeleine Albright « Madam Secretary » : Les mémoires de cette ancienne Secrétaire d’État américaine sont fascinantes. Ella débroussaillé un chemin où aucune femme n’avait réussi à se faufiler jusque-là. Et que dire de son utilisation d’épinglettes pour faire passer des messages diplomatiques (son imposante collection de broches a d’ailleurs fait l’objet d’une exposition) !

Martha Stewart « The Martha Rules » : On peut apprécier ou pas le personnage, mais on ne peut nier sa fibre entrepreneuriale extraordinaire. Ça fait une dizaine d’années que les 10 règles de ce livre sont affichées dans mon bureau. J’aime particulièrement celle qui dit « Si la tarte n’est pas parfaite, coupez-la en pointes ». Oui, tout est question de perspective.

Russell Brand « Revolution » : Cet humoriste-britannique-recyclé-en-activiste s’est entouré de figures marquantes altermondialistes et plaide pour une révolution en règle de nos systèmes politique et économique. Je m’identifie beaucoup à sa quête de sens… et de bon sens !

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